Mon père en 1913 (Photo trouvée chez Chantal F.)
C’est mon père... André LEFAY,
Il rentre chez lui au 28 rue Baudelaire à Paris 12ème .
Ce 6 août 1913, la journée est chaude, elle a été remplie d‘obligations professionnelles. Depuis maintenant quatre ans, André a repris le commerce familial tenu par ses parents à Tours depuis des générations. De cette fabrication de rubans et de colifichets, il a su créer et développer une manufacture de vêtements féminins. Il fait fabriquer dans trois ateliers, des sous-vêtements et des vêtements pour femmes.Auparavant, c’étaient de tous petits ateliers de couture, où des couturières locales réalisaient ces travaux. Mon père André Lefay, ingénieur diplômé de l’École Centrale, a su concevoir une nouvelle façon de s’habiller en rendant la femme plus élégante au moindre prix.
Ces ateliers sont installés à Tours, Troyes et Paris, au 124 rue Daumesnil, non loin de son habitation. Dans ces lieux, il a ouvert la possibilité d’acheter sur place ses nouvelles créations.
André, Louis, Georges Lefay, est de taille assez grande, environ 1 m 72. C’est un grand sportif, il aime la natation et traverse la Loire l’été, relevant des défis avec ses camarades. Né à Tours le 6 août 1881, d’une famille commerçante, puisque ses parents fabriquent et vendent des colifichets, de la passementerie, des rubans, corsages, jupons et sous-vêtements. Cécile Princé, sa mère est née à Langeais, d‘une famille nombreuse résidant depuis au moins trois siècles dans cette ville. Les Princé étaient bouchers de père en fils.
Cécile Princé a épousé Jean Lefay, natif de la Chapelle sur Loire, le 3 Octobre 1876. André a deux sœurs Marie et Gabrielle. Marie est en réalité sa demi-sœur, née d’un premier mariage de son père Jean Lefay avec Mademoiselle Marie Régnier décédée le 15 juillet 1875 à Tours.
Cécile et Jean Lefay, ses parents ont toujours été fiers de lui. Depuis 1908, date du décès de Jean Lefay, Cécile sa mère a assuré seule la bonne marche du commerce de ruban qu’ils avaient fondé, à Tours et qui leur permettait d’avoir une existence confortable. Celui-ci est maintenant complètement dépassé et vieillot. Les nouveautés fabriquées dans les ateliers de mon père, collent bien au besoin pressant d’une population féminine, en demande de beaux linges fins et pratiques.
André n’est pas seul dans cette aventure. A la sortie de l’École Centrale en 1907 et après deux ans de service militaire obligatoire, il s’est associé avec un autre centralien, sorti la même année que lui, Pierre de Keberlin.
Cette grande école, leur a beaucoup appris, tant au niveau technique de fabrication, que prises d’initiatives et responsabilités, et création de nouvelles activités. Des hommes, sortis eux aussi, de la même École, comme André Citroën, sont restés en contact avec mon père.
André est passionné par son travail. Il en parle aisément et montre de réelles aptitudes à commander les ouvriers et ouvrières. Il fourmille d’idées nouvelles.
Pourtant sans Camille, il n’aurait pas atteint ce niveau de réussite actuelle.
Camille GAIGNON, c’est ma mère.
Il l’a rencontré dans l’atelier de fabrication, rue Daumesnil. Avec son amie, Blanche Isidore, elles ont été embauchées en 1909 à l’ouverture, pour présenter à la clientèle les vêtements fabriqués en atelier. Ce point de vente s’est vraiment développé à l’initiative de ces deux jeunes et jolies femmes, qui en prenant à cœur ce commerce, ont contribué à sa promotion.
Comme je l’ai dit, Camille et Blanche sont très jolies. A leur début, elles avaient 23 ans et n’hésitaient pas l’une et l’autre à revêtir les vêtements fabriqués dans les ateliers pour les présenter à la clientèle, et ainsi mieux les convaincre de leur choix. Elles sont les mannequins de la maison.
C’est cette initiative qui avait plu à André, car en effet on venait, nombreux, en famille acheter les vêtements présentés par Camille et Blanche.
Camille avait également décoré la partie de l’atelier qui servait à la vente. Les visiteurs étaient reçus dans un salon bleu, des sièges confortables permettaient de se reposer, de choisir le vêtement en toute sérénité.
Ma mère, Camille Gaignon, a de longs cheveux blonds vénitiens, frisés. Elle est mince, élancée, grande. Elle apparaît, un peu comme une fée dans cet univers commercial. Elle se coiffe très souvent avec un chignon fixé sur le haut de la tête, son port de tête est alors superbe. Ses yeux ont une couleur indéfinissable, un peu vert comme la mer, quand le temps se charge et que la houle va commencer à déferler.
Camille, Marguerite Gaignon est née le 16 novembre 1886 à Paris 6ème, au 79 rue de Seine, fille de Louis, Émile Gaignon et de Caroline Hessner qui habite en 1913, au 24 rue de Ménilmontant. Camille dessine la plupart de ses tenues vestimentaires et les donne à fabriquer en atelier.
Native de Paris elle connaît bien cette ville qu’elle aime. Elle veut réussir sa vie. Sa mère, veuve de bonne heure de Louis Gaignon, son époux, a du très vite faire des heures de ménage chez les bourgeois du 20ème arrondissement, pour nourrir et élever Camille et son demi-frère Georges, issu de sa deuxième union.
Camille a appris la couture, elle sait tailler, bâtir et coudre robes, manteaux, et autres vêtements. Quand André lui fait des compliments sur son travail, elle en éprouve beaucoup de fierté. Elle est sortie du lot commun des femmes, elle sait que son dessein se profile à l’horizon.
Elle a expliqué, un jour à André sa manière de voir les choses. C’était alors en 1910, le point de vente venait d’ouvrir et pour devenir ce qu’il est aujourd‘hui, il lui avait, alors alloué un budget, pour la décoration et l’accueil du public.
André et elle se voyait régulièrement pour faire le point sur le développement de cette activité, peu à peu ils ont commencé à sortir dîner ensemble en ville.
Aujourd’hui, leur amour n’est plus un secret pour personne. Depuis 1911, ils se sont installés tous les deux dans le bel immeuble neuf de la rue Charles Baudelaire, au numéro 28. Celui-ci a été construit dans les dernières années du 19ème siècle, vers 1880, il comprend 6 étages. Mon père et ma mère occupent un appartement au 1er étage, avec balcon. C’est spacieux, avec chambre et salle à manger. L’activité d’André, ingénieur, lui permet de se verser un salaire confortable et de pouvoir payer l’achat de ce bel appartement.
Leur liaison n’est pas restée cachée pour la famille. Cécile Lefay ne semble pas prête à accepter que son fils unique et bien-aimé se mette en ménage avec Camille.
Elle aurait souhaité qu’André se marie avec une jeune fille de la région de Touraine, de leur milieu bourgeois et commerçant, pour préserver à la fois les intérêts et la façon de vivre de la famille. La présentation d’une prétendante avait été entreprise par Cécile, ma grand-mère, mais André avide de sa liberté s’était enfui à Londres. De là il avait envoyé un télégramme à sa mère lui disant l’impossibilité de cette rencontre. Cécile avait alors compris, elle avait renoncé à marier son fils contre sa volonté.
Camille est née dans une famille relativement modeste.
Elle est allée à l’école, comme tous les enfants, puisque la scolarité est obligatoire depuis Jules Ferry. Elle a obtenu son certificat d’études. Ensuite elle a été apprentie chez une couturière qui lui a enseigné le métier. Elle a appris à apporter du soin à son travail, aux finitions, à bien repasser le travail exécuté pour le présenter aux clients.Elle a appris à travailler le drapé et le flou. Pour le dessin des vêtement c’est venu un peu tout seul, elle a dessiné un jour une robe, l’a exécuté. La cliente pour qui elle travaillait s’est alors extasiée en voyant le robe terminée, elle l’a acheté sans difficultés.
Entre André et Camille il y a sans aucun doute une différence culturelle.
Par son ouverture d’esprit, sa curiosité et son avidité à connaître, Camille fait la démonstration qu’elle peut soutenir une conversation et prendre part à des responsabilités.
Cécile l’a rencontré une fois à l’occasion d’un bref passage à Paris. Elle se déplaçait pour connaître la nouvelle affaire de son fils. Elle a alors vu, le temps d’un repas, la compagne de son fils.
Elle n’a fait aucune réflexion, sur ce sujet qu‘elle considère sans doute comme fort délicat.







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